Le Réseau Anarchiste en Milieu Étudiant (RAME) est né des conséquences immédiates de la grève générale illimitée de l'hiver 2005. Sa mise à pied s'est faite lors d'une rencontre du comité Libertad, collectif anticapitaliste au sens large, au mois de juin 2005. Le but initial était de regrouper certains anarchistes, tout en s'auto-excluant des divers courants ''radicaux'' qui prennaient corps suite à la grève. Le RAME était donc une conclusion de nos analyses et directions politiques suite à la grève.
Le comité Libertad a lancé un appel à la formation d'un tel réseau lors de l'été. Il fut globalement bien reçu, et c'est lors de cette période que fut décidée le nom de l'organisation ainsi que les grandes orientations. Lors des premières rencontres de fondation, l'optimisme était de mise : beaucoup de militantEs provenaient de Montréal, mais aussi de Sherbrooke et de Québec. L'idée de construire un grand réseau national au coeur du mouvement étudiant prenait forme. Le RAME se voulait être un réseau de groupes locaux, à l'image du comité Libertad, réseauté entre eux par le biais de divers comités d'organisation (comité suivi, comité agit-prop) et chapeauté par des assemblées générales locales et, instance suprême, l'assemblée nationale. Il est important de souligner politiquement que le RAME fut la deuxième organisation spécifiquement communiste libertaire à voir le jour au Québec. Cette affirmation claire d'une tendance anarchiste fut le fruit de longues discussions, parfois générant certaines polémiques.
Dans sa première moitié d'existence, le RAME se concentra sur l'élaboration d'un journal, appelé La Marmite. Celui-ci fut complété et distribué à l'échelle du Québec, via de nombreux contacts, et même jusqu'en Colombie-Britannique et en France, où des camarades nous félicitaient pour cette initiative qu'ils et elles jugeaient inspirante. Il est à noter qu'historiquement les jeunes anarchistes qui tentent de s'organiser au sein ou autour du mouvement étudiant en mettant de l'avant un processus organisationnel défini n'a pas été un franc succès dans les dernières années, tout du moins sur la durée. Il reste peu, aujourd'hui, de ''groupes de jeunes libertaires'' spécifiques - peut-être parce que la plupart des différents groupes, collectifs ou organisations anarchistes sont elles-mêmes constituées de jeunes.
Les différents groupes qui ont été proches ou ''membres'' du RAME ont été :
Tous ces participantEs mis ensemble ont atteint des assemblées générales nationales qui variaient entre 20 et un peu plus de 40 personnes (ce fut le cas lors d'une assemblée à Québec). La Marmie ayant été produite, un comité s'est assurée de sa distribution. Au même moment, l'effort était constant sur la consolidation du réseau. Les réunions et les assemblées étaient continuellement ralenties par des questions de structure. Une combinaison d'indiscipline, de manque de temps et de priorité a fait en sorte qu'au bout du compte, de sa naissance jusqu'à sa mort, le RAME n'aura jamais réglé les questions de structure interne. Il est essentiel de préciser que la plupart des militantEs actifs et actives l'étaient aussi ailleurs, notamment dans leurs propres associations étudiantes. Un dédoublement de tâches a rapidement vu le jour et s'est retrouvé être un problème central au coeur de presque toutes nos discussions. Comment consolider une organisation anarchiste en milieu étudiant tout en militant au sein de l'exécutif de l'association étudiante locale ? Cette question en pose d'autres, et c'est un débat important qui n'a pas été résolu.
Dans le courant de cette période, le RAME a fait un atelier sur l'éducation à l'Université McGill, pour le compte du GRASPE, en plus d'être présent dans les quelques manifestations anticapitalistes qui eurent lieu à pareille date (notamment contre la présence canadienne en Afghanistan et à plus large échelle contre la guerre impérialiste toujours en cours). Quelques présences à des entrevues radios communautaires sont aussi à souligner. Nous avons également mis en place un site web et un forum d'organisation interne, en plus d'une liste d'envoi qui regroupait 92 personne, ce qui représentait un important bassin de contacts.
Lors de la deuxième moitié d'existence du RAME, c'est à dire à partir de la toute fin de l'année 2006, deux campagnes furent mises sur pied. Malgré que le réseau était (et fut toujours) chambranlant, notamment en ce qui avait attrait à la séparation groupes/individus (réseau de groupes ou réseau d'individus ?) le RAME plonge tête la première dans une campagne anti-guerre, et une autre anti-élections, avec les camarades de la Fédération des Communistes Libertaires du Nord-Est (NEFAC). On peut très clairement dire que la campagne anti-guerre fut un échec. Le RAME a participé avec d'autres groupes et collectifs à des actions, mais n'a rien organisé sur ses propres bases, si ce n'est une action à la Fête des Neiges de Montréal. Cette action ne fut plus clairement organisée par le RAME, même si la plupart des militantEs montréalaisEs s'y sont retrouvés, ainsi que des individus. Nous cherchions alors à entarter la mascotte de l'armée canadienne présente à la Fête, ainsi qu'à déranger le camp de l'armée sur les lieux. Ce fut partiellement réussi. Quand aux participations aux manifestations, il faut quand même dire qu'en terme de visibilité, le RAME eut un franc succès, surtout grâce à la présence dans nos rangs du ''couturier révolutionnaire'' et sa fabrication d'une multitude de drapeaux rouge et noir ainsi que d'une magnifique bannière.
La campagne contre les élections, quand à elle, fut un succès. L'implication avec nos camarades de la NEFAC en est une résultante logique, puisque les tâches ont été réparties convenablement, et qu'à plusieurs personnes motivées, l'effort est là. Le résultat est clair : une coalition (''Nous On Vote Pas !''), un site web, un journal en commun, de la propagande, une affiche couleur, des autocollants, beaucoup de pages dans les médias, des entrevues, une plainte du Directeur Général des Élections, de nombreux commentaires sur notre adresse e-mail, des débats...bref, un vrai succès ! Par la suite, la revue francophone de la NEFAC, Ruptures, donnera une entrevue d'excellente facture avec 4 militantEs du RAME.
Une soirée discussion sur le communisme libertaire fut organisée, et n'attira qu'une dizaine de personnes. C'est suite à cette campagne que les choses se sont tout simplement arrêtées. Il y eut peu ou pas de réunions par la suite, et on sentit rapidement une perte d'intérêt et de motivation chez les plus actifs et actives. La dernière assemblée générale nationale eut lieu le 6 mai 2007 au local de l'Organisation Populaire des Droits Sociaux. La dernière apparation publique du RAME fut lors de l'assemblée publique des libertaires pour la mouvement de grève étudiante, en août 2007. CertainEs se sont tout bonnement rapprochés de la NEFAC-Montréal pour en devenir soit sympathisantEs, soit membres. D'autres continuent à s'impliquer dans différents collectifs et groupes anticapitalistes ou de justice sociale. CertainEs ont disparus.
Une deuxième Marmite a tout de même été produite par un petit groupe de personne, sans que l'on puisse dire que celà c'est fait à l'intérieur de la structure du réseau. Elle a vu le jour à l'automne 2007, et continue à être distribuée.
Le Réseau Anarchiste en Milieu Étudiant a été, en définitive, une aventure intéressante pour ses principaux acteurs et actrices. Malgré l'échec, l'expérience d'une organisation sur une plus grande échelle s'est fait ressentir, et si aujourd'hui une plus grande maturité politique a vu le jour chez plusieurs, c' est une incidence directe de la grève générale illimitée et de l'expérience du RAME, aussi minime soit-elle. CertainEs militantEs ont pu faire le choix de leur implication, et il est possible dorénavant de situer certains débats et certaines analyses avec une réalité qui nous a été propre. Il est parfois bon de ne pas voir l'échec là où il semble le plus manifeste.
Pierre-Luc, pour le comité Avis de Décès.